Vivre le dimanche des Rameaux

Vivre le dimanche des Rameaux au cœur de la crise sociale des « Gilets-jaunes »

Le Carême touche à sa fin. Pâques et la semaine sainte se profilent à l’horizon.

La foule est versatile : tantôt elle acclame, tantôt elle condamne. La voici qui applaudit Jésus aux portes de Jérusalem ; la voilà qui, quelques heures plus tard, réclame sa crucifixion… Cette foule, c’est l’image de l’inconstance de l’âme humaine qui accueille son Sauveur mais qui, à la première difficulté, l’abandonne aux bourreaux !

Au long des siècles, l’être humain a toujours été incertain, c’est une marque de sa finitude, avouons-le : nous sommes, nous aussi, si souvent dans l’un et l’autre rôle. Nous louons et acclamons notre Seigneur et puis nous l’oublions, nous le renions. Dieu, toujours dernier servi.

La foule a mille et un visages et autant de comportements différents, difficiles à synthétiser en une seule image. C’est pourquoi elle intéresse désormais les scientifiques, qu’ils soient biologistes, physiciens, mathématiciens, informaticiens, anthropologues, sociologues, juristes, psychologues… En croisant leurs travaux, tous veulent comprendre comment ça marche, une foule, même lorsqu’elle ne marche pas.

D’un point de vue théorique, on appelle « foule » toute multitude de personnes rapprochées les unes des autres. Concrètement, une foule est une créature bizarre, mouvant, protéiforme, qui vit dans les transports en commun aux heures de pointe, dans les stades de football les jours de matchs, dans les galeries commerciales au moment des soldes, ou bien encore dans les grandes avenues en certaines occasions plus ou moins manifestatives, comme les manifestations des « Gilets-jaunes ».

La foule a un côté obscur, parfois terrifiant, qui se montre lorsqu’on lui fait peur, lorsqu’on la frustre ou lorsqu’elle n’a pas assez d’espace pour se déplacer. Elle peut chanter, danser, puis, d’un seul coup, se mettre en colère et tout casser. C’est le cas comme aujourd’hui des « Gilets jaunes ». Dans ses derniers jours, Raymond Queneau parlait d’une « foule qui se marchait sur les pieds, s’enfonçait les côtes à coups de coude, se crachait dans le dos ; d’une foule ronchonne, ténébreuse, », ce qui veut dire, je crois, « agitée » … Mais la foule peut aussi manifester une sorte d’intelligence collective, émettre des jugements, faire des choix plus ou moins judicieux, par exemple décider des chanteurs qu’il faut aimer ou des plages qu’il faut fréquenter.

Revenons au récit de la passion… Nous avons déjà lu à plusieurs reprises le texte de la passion de Jésus. Très souvent nombre de théologiens affirme que ce récit de la Passion nous montre l’affrontement de deux mondes. Jésus vit dans le monde de la lumière et de la vérité, de la justice et de l’innocence, de la liberté, de l’amitié et de la prière. Il s’affronte au monde que nous ne connaissons que trop : le monde du mensonge et de l’hypocrisie, de la lâcheté et de la trahison, de la violence et du meurtre. Au contraire, je pense que ces deux mondes ne sont pas séparables, ils s’entremêlent. Il est donc plus sage de présenter ces deux mondes de façon dichotomiques certes, mais non contradictoires, non simultanés. Notre monde est complexe et c’est ce qui s’exprime aussi dans le comportement de la foule parfois sans chef, sans parti politique sans accointance syndicale.

Le Carême touche à sa fin. Pâques et la semaine sainte se profilent à l’horizon. Puissions-nous vivre des jours plus calmes, plus apaisés, ce qui correspondrait bien à la joie pascale.

Aubin.

coquelicots

 

 

 

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